RETS JEAN

De son vrai nom Jean-Baptiste Retserveldt, Jean Rets n'était sans doute pas ce qu'on appelle dans le milieu artistique une «pointure internationale» mais une figure bien connue de l'art belge, particulièrement en Cité ardente où il vivait depuis toujours, sur les hauteurs de Ans. Ces hauteurs qu'il aimait parce que les terrils, aujourd'hui disparus, «introduisaient de la géométrie dans le paysage».

Né à Paris en 1910, Jean Rets était un farouche défenseur d'une abstraction géométrique stricte mais sans froideur grâce à la couleur. Ce peintre pour qui tout se passait dans la tête - il n'a jamais peint d'après nature, même dans sa période figurative - avait rallié les vues de la Jeune Peinture belge après la guerre.

C'était vers 1950, moment où une série de peintres dont Mendelson, Mortier, Delahaut cherchaient à globaliser et simplifier les formes, un peu à la manière de Magnelli et sans rien perdre de la qualité poétique de la peinture. Rets avait découvert les abstraits dans le sillage de Fernand Graindorge, collectionneur et mécène qui avait fondé l'Apiaw, «Association pour le progrès intellectuel et artistique de la Wallonie».

FIDÉLITÉ À LA GÉOMÉTRIE

L'appellation fait aujourd'hui sourire, mais elle donne la mesure de ce que l'abstraction, en ces temps de retour de flamme, signifiait comme révolution. Après une période de cubisme décoratif, Rets se mit à construire le tableau selon un jeu purement intellectuel de plans.

Abstraction construite à la manière du Delahaut de l'époque et de gens comme Herbin ou Magnelli - il se défendait d'avoir le sang chaud du Florentin mais admirait la force et la «musique visuelle» de ses oeuvres -, elle évolua considérablement avec le temps, même si Rets ne se départit jamais de son répertoire géométrique.

Les dernières décennies amenèrent l'artiste à une peinture plus décorative, plus ludique, plus accessible sans doute au commmun des mortels dont il déplorait l'insensibilité à cette musique de l'espace que couleurs et formes abstraites orchestrent. Il est vrai que l'art construit, au sens fort et premier du terme, n'a rencontré en Belgique que quelques amateurs raffinés et cultivés, rarement un plus grand public .

DANIÈLE GILLEMON. Le Soir, 26 juin 1998.