LE BROCQUY LOUIS

Sans formation préalable, il visita en 1938-39 les grands musées européens (Louvre ; Londres, N. G.) et fut frappé par la couleur et la matière des tableaux espagnols contemplés à Genève, où se trouvait alors la collection du Prado, particulièrement ceux de Goya. Ses débuts véritables remontent à 1945, avec le thème du " peuple errant " d'Irlande, qui représentait, " dramatiquement peut-être, la condition humaine " et dont le cubisme expressionniste dérive de celui de Guernica (Travelling Woman with Newspaper,1947). Le thème de la famille l'emporte dans la " période grise " de l'artiste, inaugurée en 1950 et où l'on retrouve les mêmes groupes compacts chargés d'exprimer des idées générales ; les figures sont situées dans un espace sans profondeur et se détachent sur la toile désencombrée, ce qui accentue leur isolement (la Famille, 1951). En 1956 débute la " période blanche " de Le Brocquy, où les formes, souvent issues d'un nu, se dissolvent presque complètement dans l'espace de la toile. À partir de 1964, le motif de la tête et du crâne au milieu d'une vaste plage de couleur pure est privilégié ; il est inspiré par les tentes peintes océaniennes et les sculptures primitives examinées au musée de l'Homme à Paris (Reconstructed Head of William Blake, 1967). Le Brocquy s'est attaché ainsi à décrypter les visages de Joyce, de Beckett et celui de William Butler Yeats (1975-76), ce dernier en maintes variations au fusain, à l'aquarelle ou à l'huile (exposées à Paris, au M. A. M. de la Ville, en 1976), puis ceux de Federico Garcia Lorca et de Francis Bacon, ou même l'évocation du visage de William Shakespeare, décomposés en facettes transparentes et colorées. En 1946, l'artiste s'installa à Londres, en partie à cause de l'hostilité que son œuvre rencontrait en Irlande, et il exposa trois fois à Londres entre 1947 et 1949. Il exécuta, la même année, son premier carton de tapisserie, technique pour laquelle il a continué depuis à travailler avec bonheur. En 1969, il donna une suite d'illustrations pour The Tain, transcription d'une ancienne saga irlandaise. L'artiste est représenté à Londres (Tate Gal. et V. A. M.), à Belfast, à Leeds, à Dublin, aux États-Unis (Buffalo, Detroit, Chicago [Art Club]).

Encyclopédie Larousse.