KLASEN Peter

L'un des principaux protagonistes du renouveau de la peinture figurative depuis les années 1960, Peter Klasen, qui est né à Lübeck, est venu s'installer à Paris en 1959. Il avait étudié la peinture à l'école des Beaux-Arts de Berlin-Ouest. Son père, tué sur le front russe de même que son oncle, peintre, étaient francophiles, et c'est pour échapper au contexte de l'Allemagne vaincue, hantée par les ruines du nazisme — Lübeck, sa ville natale, fut gravement atteinte par les bombardements —, qu'il se lia volontairement à l'avant-garde internationale de Paris. Dès 1961, ses tableaux, qui subissent la fascination du cinéma, se distinguent par un refus de l'abstraction, à la mode depuis la fin de la guerre. Leur langage vigoureux, lavé et clarifié par la technique de l'aérographe, anéantit tous les effets de l'expressionnisme traditionnel allemand. Dans ces images d'images, la présence de fragments de visages et de corps féminins est associée à celle d'objets utilitaires, sanitaires ou machiniques, mais c'est d'un conflit avec la modernité qu'il est évidemment question. Pour Klasen, la ville est un univers concentrationnaire dont la modernisation incessante accentue le caractère traumatisant et aliénant. Des portes grillagées, portant des inscriptions (« Danger de mort », « No admittance », etc.), vont peu à peu remplacer ces lambeaux arrachés au paysage urbain, effacer les dernières traces du corps féminin. « C'est par des séquences, des bribes que l'on déchiffre le drame, les catastrophes », dit Klasen à Pierre Tilman, l'un de ses premiers défenseurs (P. Tilman, Peter Klasen, éd. Galilée, Paris, 1979). Les chaînes et les cadenas, les issues de secours, les rideaux de fer, qu'il cadre avec netteté, sont des gros plans sur les nouveaux éléments emblématiques du danger impliqué par les progrès technologiques. Le regard y bute comme sur un mur intraversable. Puis ce sont les sorties d'ambulance, les chambres et les chariots d'hôpital qui vont insister sur cet « isolement »  […]

Alain Jouffroy, écrivain.